L’application StopCovid devrait être prête début juin

Le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, a déroulé, ce 5 mai, le calendrier de déploiement de l’application de suivi numérique des malades StopCovid, tout en reconnaissant, face à l’échec des négociations avec Apple et Google, qu’elle ne fonctionnera pas parfaitement.

“On suit notre feuille de route, on estime que l’application est utile, voire indispensable.” Qu’importent les turbulences, le secrétaire d’État chargé du Numérique, Cédric O, garde sa trajectoire concernant le déploiement StopCovid, l’application que prépare le gouvernement depuis plus d’un mois pour faciliter l’identification des cas contacts d’une personne malade du Covid-19.

Au micro de BFMTV, ce mardi matin, Cédric O a déroulé un calendrier en trois temps. Et ce en dépit des nombreuses embûches contrevenant au bon développement de l’application. “Nous entrerons dès la semaine prochaine en phase de tests, pour reproduire des situations réelles et vérifier que l’application fonctionne bien, ce qui nous permettrait, si le Premier ministre et la conférence des présidents de l’Assemblée et du Sénat en décident, de faire en sorte que nous puissions revenir devant les parlementaires dans la semaine du 25 mai, pour envisager un déploiement lors de la deuxième phase du déconfinement, à partir du 2 juin”. Pour rappel, le développement de l’application est entré dans une nouvelle phase opérationnelle à la mi-avril, lorsque le gouvernement a défini l’équipe-projet à la manœuvre, associant plusieurs acteurs privés.

Application imparfaite

Tout en fixant le cap du 2 juin, le secrétaire d’État a néanmoins reconnu que l’application ne fonctionnerait pas parfaitement, et en a rejeté la faute sur Apple. Le géant américain, qui représente environ 20 % du nombre de smartphones en circulation en France, n’autorise pas une application à émettre un signal Bluetooth en continu, pour des raisons de sécurité et d’économies de la batterie. Le gouvernement français s’était lancé, dès mars, dans des négociations avec Apple (et Google) pour qu’ils fassent une exception pendant la crise, avant que ces derniers ne s’associent ensemble pour lancer eux-mêmes, le 10 avril, une brique logicielle permettant de réaliser une partie de ce que doit faire l’application StopCovid.

Hors de question de plier face aux géants américains pour le gouvernement Philippe, qui choisit, mi-avril, le protocole français élaboré par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). “Apple aurait pu nous aider à faire en sorte que l’application marche encore mieux sur iPhone, mais n’a pas souhaité le faire, pour une raison que je ne m’explique guère”, a regretté, ce matin, le secrétaire d’État. Omettant au passage de préciser que pour qu’elle fonctionne sur iPhone, l’application devra être ouverte en permanence sur le téléphone. 

Pourtant, comme nous le révélions le 30 avril, l’obstacle a très vite été identifié par le secrétaire d’État au Numérique et par la direction interministérielle du numérique (Dinum), un temps associée de près aux développements de l’application. Plusieurs scénarios ont ainsi été étudiés courant avril, l’un reposant sur l’utilisation de la brique Apple-Google, l’autre sur des négociations avec les deux géants pour obtenir des dérogations, et un troisième excluant totalement leur collaboration et en repartant avec d’autres briques logicielles.

Choix de la “souveraineté”

C’est finalement le deuxième scénario qui a été retenu, contre l’avis de la Dinum. Celle-ci a même alerté directement Cédric O le 18 avril, l’appelant à choisir urgemment l’approche décentralisée, la seule à même, selon la direction, de permettre un déploiement rapide tout en respectant la vie privée et les principes de transparence. Et ce quand bien même les négociations avec Apple échoueraient. Le même jour, l’Inria publiait les détails de son propre protocole, dit “centralisé” et incompatible avec la brique d’Apple et Google. C’est ce protocole qui a pourtant reçu le soutien de Cédric O.

Le secrétaire d’État a expliqué son choix dans un billet de blog publié dimanche. “Le gouvernement français refuse d’utiliser l’API Google et Apple car dans son format actuel, elle contraint le choix technique : seule une solution « décentralisée » peut fonctionner parfaitement sur les téléphones équipés d’iOS. Or cette solution est rédhibitoire pour deux raisons : une protection des données et de la vie privée inférieure à la solution centralisée et une perte de maîtrise en termes de santé publique”.

Pour le gouvernement, la solution centralisée était et reste donc la plus en phase avec sa politique de souveraineté numérique, même si elle s’avère, in fine, moins efficace sans la collaboration d’Apple et de Google. “Si nous n’avions rien fait, on nous aurait simplement accusés de n’avoir rien tenté”, résume une source au cœur du projet, reconnaissant par la même occasion ne disposer d’aucune solution miracle pour contourner l’obstacle technique du Bluetooth. 

Émile Marzolf

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