Le Covid-19 a entraîné une hausse historique des téléconsultations médicales

La téléconsultation est longtemps restée une pratique de niche. Avec la crise sanitaire, et moyennant des assouplissements, elle a connu un bond spectaculaire, passant de seulement 40 000 téléconsultations en février à plus de 4 millions en avril.

“Les patients comme les professionnels de santé doivent chacun s’inscrire dans une nouvelle logique de priorité à la téléconsultation.” Aujourd’hui, ces mots résonnent comme une évidence. Ils ont été prononcés par le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, au tout début du confinement, alors que le mode privilégié de consultation médicale restait jusqu’alors la visite en cabinet. 

Le message est en tout cas très bien passé depuis. Et la barre du million de téléconsultations hebdomadaires a été franchie dès la première semaine du mois d’avril. Déjà en mars, le nombre de téléconsultations a connu une hausse spectaculaire pour atteindre le demi-million à la fin du mois. Jusqu’alors, l’assurance maladie n’en comptabilisait pas même 10 000 par semaine. 

La hausse s’est donc naturellement poursuivie au mois d’avril, seul mois complet que la France a vécu confinée. Le nombre de téléconsultations remboursées et donc recensées par l’assurance maladie a oscillé, pendant tout le mois d’avril, entre 959 000 téléconsultations hebdomadaires au plus bas et un pic de 1 118 175 lors de la seconde semaine d’avril. Sur une moyenne – ayant mécaniquement baissé à cause du confinement – d’environ 4 millions de consultations médicales par semaine, contre 7 millions de consultations en moyenne les semaines précédant le confinement. 

La tendance semble s’être maintenue en mai, au moins avant le déconfinement (intervenu le 11), avec pas loin de 900 000 téléconsultations les deux premières semaines, la baisse s’expliquant par la présence de 2 jours fériés. 

Résultats décevants 

“On peut dire que la téléconsultation est entrée dans les pratiques d’un très grand nombre de médecins, puisque 45 000 médecins y ont eu recours”, souligne l’assurance maladie auprès d’Acteurs publics. C’est donc par la force des choses que les téléconsultations, traditionnellement boudées par les Français, se sont imposées. 

Avant septembre 2018, elles n’étaient pas même remboursées par l’assurance maladie. Une étude de l’observatoire régional de santé Île-de-France de l’Institut Paris Région, publiée le 13 mai, considère d’ailleurs que le développement de la télémédecine a été “décevant, inégal et balbutiant” dans la région sur les dernières années. En 2019, la loi “Santé” ainsi que le plan numérique déclenché en parallèle par l’ancienne ministre Agnès Buzyn sont venus remettre un coup d’accélérateur au déploiement du télésoin en général, notamment pour lutter contre les déserts médicaux. 

Le développement de la télémédecine pourra notamment reposer sur la mise en œuvre de services piliers du numérique en santé, comme le dossier médical partagé (DMP) ou l’espace numérique de santé, où les Français pourront retrouver différents outils de télémédecine.

Mais l’essentiel de ces chantiers restent à accomplir, et l’envol tant attendu par le gouvernement avec son plan “Numérique en santé” n’a jamais vraiment eu lieu. Avant le mois de mars 2020, la téléconsultation pesait pour à peine plus de 0,1% du total des consultations médicales en France, selon les chiffres communiqués par l’assurance maladie. Contre 28% aujourd'hui.

Assouplissement et encouragement

C’était sans compter la crise du Covid-19 et le coup de pouce accordé par le gouvernement à ce mode de consultation pour limiter les déplacements physiques. Ses conditions d’exercice ont ainsi été assouplies par deux décrets publiés les 10 et 20 mars. Depuis, les patients peuvent être remboursés par l’assurance maladie, même si cette téléconsultation n’est pas réalisée par leur médecin traitant. Pour autant, près de 80 % des consultations l’ont été entre un médecin et un patient qui se connaissent, précise l’assurance maladie à Acteurs publics.

Difficile de dire, néanmoins, si la tendance se maintiendra dans le temps, après le confinement et après la crise. D’autant plus que pour l’Institut Paris Région, le recours massif à téléconsultation apparaît, à l’instar de l’enseignement à distance, davantage comme une solution de secours et d’urgence que comme une solution de remplacement dans la durée, compte tenu de la fracture numérique, qui demeure une source majeure d’inégalité d’accès au service public. 

Émile Marzolf

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