Une application officielle pour orienter les malades du Covid-19 et nourrir la recherche

Bientôt un mois après la mise sous cloche de la France, le gouvernement a finalement mis en ligne une application d’“autodiagnostic” pour désengorger autant que possible le Samu. Les informations collectées par cette application seront également publiées en open data pour nourrir la recherche ou le travail d’information.

Un outil à deux usages. Le gouvernement a finalement mis en ligne, mercredi 8 avril, une toute nouvelle application d’autodiagnostic (sans valeur médicale) afin de permettre aux personnes inquiètes sur leur état de santé de remplir un formulaire et d’être automatiquement conseillées, soit pour rester chez elles confinées dans les cas les plus bénins, soit pour être dirigées vers leur médecin traitant voire vers le “15” dans les cas les plus graves.

Ce type d’applications ont vu le jour dès le début de la crise, notamment grâce à l’élaboration d’un algorithme d’orientation conçu par l’Institut Pasteur et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Dès le 18 mars, le site Maladiecoronavirus.fr voyait le jour, sur la base de cet algorithme adoubé par le ministère de la Santé.

Mardi 7 avril, ce site franchissait déjà le cap des 5 millions de personnes redirigées. Parmi elles, 16 % ont effectivement été renvoyées vers le Samu, ce qui prouverait l’utilité de l’application “dans la réduction de la pression sur le service d’appels d’urgence”, a fait valoir, dans un communiqué, le groupement Alliance digitale (emmené par Docapost), qui est derrière ce service. D’autres acteurs se sont emparés de l’algorithme d’orientation, qui sert de base scientifique commune et fiable. C’est le cas, par exemple, avec l’assistant virtuel “CovidBot”, créé par une start-up pour faciliter la circulation de l’information, et notamment l’orientation des malades.

Application officielle

“Vous pensez avoir des symptômes du Covid-19 et vous souhaitez savoir quel comportement adopter ? Ce questionnaire est là pour vous orienter.” C’est ce qu’indique le site de l’application créée par l’État, qui reprend le même fonctionnement que Maladiecoronavirus.fr, moyennant quelques ajustements et améliorations. Surtout sous le capot. La finalité de l’application ne change pas : il s’agit toujours d’“orienter au plus tôt les personnes qui en ont le plus besoin, en fonction de l’état de santé et des symptômes qu’elles déclarent, vers le bon comportement à adopter”, indique le responsable d’Etalab, Perica Sucevic, qui a piloté la conception de cette application.

L’outil a en effet été mis au point par la direction interministérielle du numérique (Dinum), et plus précisément par sa mission Etalab, chargée de l’ouverture et de l’exploitation des données publiques. Jusqu’alors, la Dinum s’était contentée, sur ce projet, de faciliter l’adoption par le plus grand nombre de l’algorithme d’orientation qui sous-tend ce genre d’applications. Notamment en publiant les détails du fonctionnement de l’algorithme, ainsi qu’un “pseudo code informatique” pour que les développeurs informatiques s’en emparent plus facilement pour bâtir des services. 

En proposant une version officielle, les agents de l’État ont d’abord souhaité refondre l’ergonomie, et notamment l’ordre des questions posées, afin de pouvoir réorienter le répondant vers le “15” aussitôt que l’application détecte un facteur de gravité, sans même attendre que l’utilisateur soit allé jusqu’au bout du questionnaire (composé de 22 questions, s’agissant de Maladiecoronavirus.fr). Autre ajustement, les personnes de moins de 15 ans ne pouvant pas répondre au questionnaire, celui proposé par le gouvernement commence par demander l’âge du répondant, afin de couper court au processus si la personne n’a pas l’âge requis. 

Diffusion en “open data”

Mais la principale valeur ajoutée de l’application officielle se joue au niveau des données collectées au fil du questionnaire et de leur potentiel d’exploitation. “Si les deux applications adoptent un socle commun de méthodes d’anonymisation des données, l’application du gouvernement va plus loin pour rendre toute réidentification impossible”, explique Perica Sucevic.

C’est grâce à cette anonymisation renforcée, pour préserver les données personnelles des citoyens, que les données collectées pourront être diffusées en open data. Et ainsi servir une multitude de réutilisations : par des entreprises, des chercheurs, des journalistes ou de simples citoyens.

Pour Etalab, la diffusion de ces données, au-delà de l’obligation légale de les rendre publiques depuis la loi Lemaire de 2016, présente un “intérêt sanitaire” certain, en particulier pour le secteur de la recherche, qui a déjà commencé à s’en emparer, à l’image de l’Institut Pasteur.Toujours dans la perspective de départ, qui était de permettre au plus grand nombre de s’approprier l’algorithme d’orientation pour décupler son implémentation, le code source informatique de l’application du gouvernement a, lui aussi, été ouvert.

Par Émile Marzolf

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